Qui est Claude ?

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Claude Robinson

UN CRÉATEUR PROLIFIQUE

“J’ai eu la chance de naître avec un talent : dessiner, créer. J’ai gagné ma vie à créer. Pour moi, c’est un plaisir, créer. C’est ce qui m’a toujours défini. (…) Aujourd’hui, j’haïs mon talent. Si j’avais pas créé mon petit bonhomme, j’aurais pas eu à vivre ce que j’ai vécu là.”

Rien ne résume mieux la vie et le destin de Claude Robinson que cet extrait de son témoignage à la Cour Supérieure.

Né à Montréal le 2 mars 1952, Claude est le cadet d’une famille de quatre enfants : deux garçons et deux filles. La famille a vécu à Duvernay, aujourd’hui un quartier de Laval, au nord de Montréal. Son père était un « supervendeur » de pneus pour une multinationale dont Claude refuse de dire le nom : « Des sans-cœur qui lui ont montré la porte quelques mois avant sa retraite ! »

Aussi loin qu’il se souvienne, il dessinait. Un paysage. Une maison. Des personnages. Employé chez Steinberg au comptoir des fruits, il crée même des personnages qui portent des noms de fruits ou de légumes. Mais il n’aime pas l’école. Il détestait en particulier les allusions à son nom qui revenaient immanquablement au début de chaque nouvelle année : “Nous avons Robinson Crusoé parmi nous ! », plaisantaient les professeurs en voyant sur leur liste d’éléves « Robinson, C.”.

“Cela me frustrait d’autant plus que je ne m’identifiais pas du tout à lui, confie-t-il. Le personnage de Robinson Curiosité, c’est moi : mon visage, mes qualités, mes défauts, mes traits de personnalité. Tous les personnages qui l’entourent représentent des membres de ma famille ou des proches.”

Il devient drop-out après sa onzième année. Son talent de dessinateur lui permet rapidement de trouver un emploi de graphiste dans une imprimerie. Le patron lui offre une augmentation de salaire pour chaque année réussie en cours du soir en graphisme. Il fait des démarches pour s’inscrire à l’École des arts graphiques de Montréal. Compte tenu de ses acquis et de son portfolio, il est accepté directement en troisième année.

Par la suite, il décide de suivre des cours du soir en art plastique. Portfolio en main, va cogner à la porte de la direction des services d’éducation permanente de sa commission scolaire. Sera-t-il accepté ? Ses dessins, ses peintures et ses sculptures impressionnent. On l’engage plutôt comme professeur d’art plastique à l’école secondaire Vanier, à Duvernay.

En 1972, à l’âge de 20 ans, il quitte pour l’Europe avec 90 dollars en poche. Il développe son métier de concepteur graphiste auprès d’entreprises très réputées, notamment Blanc-Wittwer, une imprimerie spécialisée dans la production d’affiches grand format, et l’agence de publicité d’Oméga/Gaméo.

“Je suis un autodidacte, dit-il. J’ai tout appris par la pratique ou par mes lectures. J’ai toujours gagné ma vie dans la création, je n’ai jamais chômé une minute.”

De retour à Montréal en 1975, il fonde Les Productions Nilem, ce qui l’amène à œuvrer dans les domaines de l’animation et de la publicité comme directeur artistique, concepteur, réalisateur ou responsable de la création. Il compte parmi ses clients des agences et des entreprises parmi les plus prestigieuses : BCP (Air Canada, Chrysler), Young et Rubicam (Club Med, Bombardier) et le Groupe Morrow (Labatt, Budweiser). Réputé pour sa force créatrice et son coup de crayon, il créé des concepts qui vont marquer le monde de la publicité au Québec dont il devient une véritable star.

“Il jouait chaque seconde du message publicitaire et avait toujours le bon mot de la fin », confie Liza Frulla, alors vice-présidente au marketing chez Labatt, à l’émission Enquête de Radio-Canada. « Et c’était un gars souriant, plaisant, avec qui il était si agréable de travailler !”

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Le vrai Robinson Curiosité,
tel qu’imaginé par Claude Robinson
dans les années 80

Ses activités professionnelles dans le cadre de Nilem et de Virtuel Création, sa firme de graphisme fondée en 1988, lui permettent de financer le développement d’un projet merveilleux : offrir aux enfants une œuvre enrichissante et éducative, soit Les Aventures de Robinson Curiosité sur son Île Curieuse.

L’idée lui en est venue en 1982, lors d’une expédition au Labrador. À son retour, dans le cadre du Gala du 10e anniversaire des Grands Explorateurs, il expose ses tableaux et croquis réalisés au cours du périple et incarne sur scène ce personnage barbu et aux lunettes rondes, Robinson Curiosité, né de son imagination, de ses rêves et de ses réflexions, et qu’il a fait à son image.

Le 8 septembre 1995, il visionne la première émission d’une nouvelle série, Robinson Sucroé, annoncée quelques jours plus tôt. Il reconnaît son visage, son île, et les grands traits de ses principaux personnages en dépit des tentatives de camouflage. Derrière ce plagiat se profilent CINAR et ses deux dirigeants, Micheline Charest et Ronald Weinberg qu’il avait engagés pendant six mois en 1986 pour faire la promotion de son œuvre aux États-Unis, ainsi que Christophe Izard à qui il avait présenté son projet à la foire internationale de Cannes en 1987.

Le monde de Claude Robinson bascule. Le projet de sa vie deviendra un véritable cauchemar. S’engage alors une saga judiciaire de 15 ans entre le créateur et des multinationales sans scrupules. Son courage et sa détermination lui vaudront une première victoire en Cour Supérieure.

Mais cette saga est loin d’être terminée…